PS-MODEM : une histoire d'amour?

Publié le par Section de Cannes


Modem
 : un centre très à droite

Recomposition . Les pressions sur le PS pour des alliances privilégiées avec François Bayrou masquent l’inspiration très libérale de l’ex-candidat à l’Élysée.

L’offensive politico-médiatique autour d’une alliance PS-Modem se poursuit. Le but étant de conforter les courants les plus prolibéraux du PS, ou ceux qui, à l’instar de Vincent Peillon, ont déjà enterré le PCF et n’ont d’autres visions, pour arriver au pouvoir, que celle d’une simple arithmétique. Une offensive politique mais aussi idéologique qui ne doit rien au hasard à la veille du congrès socialiste de Reims où l’un des enjeux est précisément de savoir si le PS se social-libéralise ou décide de poursuivre son histoire dans le creuset spécifique de la gauche française. Un débat qui renvoie inexorablement à l’analyse de la nature du centrisme dans le paysage politique du pays.

Un piège tendu au PS

François Bayrou peut-il rallier la gauche après une autocritique des choix qu’il a jusque-là opérés au sein de l’UDF où il a été l’héritier de Giscard d’Estaing, avant de créer, par ambition personnelle et tactique politique, le Modem ? Il n’en a pas l’intention, la tactique étant celle d’un piège tendu au PS en vue de créer les conditions d’une OPA pour le poste de premier opposant à Nicolas Sarkozy en 2012. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l’UMP, l’a bien compris. Selon lui, le président du Modem, « avec son appel au PS », veut « devenir le leader de la social-démocratie ». Une démarche qui n’est pas à écarter si le PS venait à éclater, ce que souhaite évidemment François Bayrou, pas fâché de voir l’aile gauche du PS rallier d’autres forces politiques plus ancrées à gauche.

Le centre, en France, a toujours été le cache-sexe de la droite. François Bayrou persiste et signe : son programme n’est pas en rupture avec la droite la plus traditionnelle. Au cours de la campagne présidentielle, le programme de François Bayrou a semblé être plus proche de celui de Nicolas Sarkozy que de celui de Ségolène Royal. « Notre diagnostic est que la France connaît une crise de l’offre alors que le camp Royal penche plutôt pour une crise de l’offre et de la demande », notait Christian Saint-Étienne, le principal rédacteur du programme économique du candidat. Droite classique : François Bayrou a même proposé d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de proposer un budget en déficit de fonctionnement. L’inspiration de classe du leader du Modem se lit aussi en matière de fiscalité : Il se prononce pour un abaissement du taux de l’Impôt sur la fortune (ISF). Sur le plan social, comme Nicolas Sarkozy, il veut « libérer les heures supplémentaires en les exonérant de charges sociales et fiscales ».

Comme Sarkosy!

Plus récemment, son conseiller Jean Peyrelevade a précisé la vision du Modem dans un livre intitulé Sarkozy : l’erreur historique. L’ouvrage est un réquisitoire de droite contre la politique de Sarkozy jugée trop à gauche. Selon l’ancien patron du Crédit lyonnais, un temps proche de l’aile sociale-libérale du PS, « la droite conservatrice » au pouvoir « se pare des faux habits du libéralisme ». Les recettes de Jean Peyrelevade ? Augmenter les impôts pour redresser les comptes, alléger les charges des entreprises pour redresser leur compétitivité. Selon lui, La France « souffre non pas d’une absence de soutien de la demande intérieure mais d’un déficit d’offre ». Il va jusqu’à prétendre que, « depuis 2001, la consommation des ménages croit plus vite que la production ». Et de se lamenter : « La part du travail (masse salariale) dans la valeur ajoutée des entreprises n’arrête pas d’augmenter, (…) les entreprises n’ont plus de marge pour investir. » Conclusion de Jean-Peyrelevade : « Il faut limiter la croissance des salaires par rapport à la productivité, notamment dans l’industrie, secteur le plus imposé. » Ajoutant. « La rupture annoncée par Nicolas Sarkozy est pour l’instant symbolique. »

Dominique Bègles (Humanité)

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