Et maintenant.....?

Publié le par Section de Cannes

Faire barrage à une droite dangereuse

Le premier tour de l’élection présidentielle n’aura donc pas été une réédition du séisme que constitua il y a cinq ans l’accession de Le Pen au second tour en raison de l’élimination de Lionel Jospin. Le premier ministre sortant avait recueilli à peine plus de 16 %, sur fond d’abstention record (71,6 % de participation). Les électeurs ont conservé l’amer souvenir d’un second tour dont l’enjeu était la réduction au maximum du vote pour le FN, mais qui les amenait à réélire Jacques Chirac avec plus de 82 % des voix... Le 6 mai verra donc s’affronter le principal leader de la droite, Nicolas Sarkozy, qui a obtenu 30 %, à la candidate du Parti socialiste Ségolène Royal soutenue par 25 % des suffrages.

Une mobilisation électorale historique

Dès les premières heures, on sentait que la participation allait être plus importante qu’en 2002. Dans les quartiers populaires, qui avaient été vilipendés par Nicolas Sarkozy sur l’air du Karcher et de la racaille, nombreux étaient les jeunes (et les moins jeunes) qui patientaient devant les isoloirs. « Du jamais vu », se hasardaient des présidents et des assesseurs à Saint-Denis ou à Clichy-sous-Bois. Leur impression était la bonne. À midi, la fréquentation des bureaux de vote enregistrait une augmentation de 10 %. La mobilisation citoyenne des jeunes au lendemain du 21 avril 2002, les appels aux inscriptions sur les listes électorales après les émeutes des quartiers populaires de l’automne 2005 ont eu un effet bénéfique pour la démocratie. Le corps électoral comptait 3,3 millions de citoyens. Avec un taux d’abstention évalué entre 13 et 15 %, ce premier tour pulvérise tous les records, dépassant le résultat de participation de 1981 et flirtant avec le premier scrutin présidentiel de la Ve République, en 1965. Un tel résultat en matière de participation (85 %) traduit-il une réappropriation de la politique par les citoyens, qui furent pourtant privés de débats contradictoires sur leurs aspirations (emploi, salaires, protection sociale, logement...) ? Seul l’avenir le dira, notamment pour le second tour. Force est de constater que les candidats favoris des sondages avant même que la campagne n’ait commencé n’ont rien fait pour favoriser de stimulantes confrontations, projet contre projet, entre les douze candidats en lice. Les électeurs ne se sont pas pour autant désespérés de la politique, phénomène qui avait favorisé le 21 avril 2002.

La droite forte et dangereuse

Pour une large part, la participation électorale massive est le résultat de la mobilisation populaire, et tout particulièrement parmi la jeunesse, celle qui galère, celle qui résista victorieusement au CPE, contre les dangers qu’incarne la candidature de Nicolas Sarkozy. Mais à la mobilisation populaire contre le libéralisme, l’autoritarisme et la politique de division, a répondu une mobilisation de l’électorat de droite derrière un candidat qui a recyclé les thèmes idéologiques de l’extrême droite. L’immigration présentée comme contradictoire avec l’identité nationale a été un signe appuyé à l’égard du Front national. D’autres signaux ont été adressés en direction du « paquebot » de Saint-Cloud, dont l’invitation adressée aux maires UMP de parrainer Le Pen. On suivra avec intérêt les déclarations des uns et des autres avant le second tour. Nicolas Sarkozy aborde ce second tour en pole position. Son score est supérieur au total des résultats de Jacques Chirac, Christine Boutin et Alain Madelin en 2002 (25 %º), mais il absorbe, les résultats le montrent, une partie des voix lepénistes.

Le Pen n’est pas le 3e homme...

Une fois de plus, la majorité des grands médias se sont révélés être des normalisateurs impénitents de Jean-Marie Le Pen. Présenté contradictoirement à la fois comme « assagi » et comme celui qui faisait peser le plus grand risque sur le scrutin, le chef frontiste a pu développer, sans provoquer tellement d’indignation, sa propagande raciste et xénophobe. Était-il utile à la démocratie que le Monde consacrât une page d’interview de Le Pen dans laquelle celui-ci plaisantait sur « l’inégalité des races » ? D’évidence aujourd’hui, les « corrections » opérés par des instituts de sondage et qui rehaussaient le score de Le Pen dans les intentions de vote étaient erronées. Il reste cependant que les idées du chef de l’extrême droite, loin d’être suffisamment combattues, sont au contraire reprises pour une part d’entre elles dans le discours de Nicolas Sarkozy, selon le principe des vases communicants.

... Ni François Bayrou

Avec un score de 18 %, le chef de l’UDF est en réel progrès par rapport à 2002, quand il obtenait alors 6,8 %. Mais ses appels du pied à une nouvelle majorité qui transcenderait la droite et la gauche au service d’une politique ultralibérale n’ont guère convaincu, en dépit du relais que le député centriste a obtenu de la part de socialistes comme Michel Rocard et Bernard Kouchner. Comment Bayrou va-t-il gérer sa position pour le second tour ? L’imposture ne pourra pas durer éternellement.

Le fait présidentiel contre la diversité de la gauche...

Le résultat de Ségolène Royal est à peine supérieur au total des scores de Lionel Jospin, de Jean Pierre Chevènement et de Christiane Taubira en 2002. Mais ce résultat est obtenu au prix d’un arasement des autres forces de la gauche. Notamment de Marie-George Buffet (2 %) et de Dominique Voynet (1,6 %). Un résultat décevant pour l’ensemble de la gauche, rendu possible par le mythe du « vote utile ». Mais l’heure est à la mobilisation pour tout faire pour battre Sarkozy le 6 mai, affirmait dès hier soir Marie-George Buffet. La candidate des Verts, Olivier Besancenot mais aussi Arlette Laguiller (LO) appelaient aussi à se rassembler pour faire échec au chef de l’UMP. Reste à la candidate socialiste, qui a affirmé vouloir « faire triompher la République du respect », la nécessité de défendre, mieux qu’elle ne l’a fait jusque-là, les attentes du peuple de gauche.

Jean-Paul Piérot (Humanité du 23/04/07)

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