Les "décideurs" ne sont pas les payeurs!

Publié le par Section de Cannes

Fric-frac sous les étiquettes

Le président vient de décider un nouveau transfert massif d’argent public au bénéfice des actionnaires. Les marchés financiers qui s’enrichiront de cette dette se réjouissent.


Par Patrick Apel-Muller

Nicolas Sarkozy avait déjà débloqué des dizaines de milliards d’euros pour rétablir la santé des banques et leur permettre de se relancer dans les spéculations en tous genres. Il a annoncé hier qu’un emprunt de 22 milliards serait contracté pour financer des innovations propres à dynamiser la course aux profits des grands groupes. Sous les étiquettes flatteuses de financement de la recherche, de mise en place de filières d’excellence, d’éclosion d’une économie verte, le président vient de décider un nouveau transfert massif d’argent public au bénéfice des actionnaires. Quant à la formation, il supprime des dizaines de milliers de postes d’enseignants. La recherche ? Il démantèle l’organisme scientifique le plus productif au monde, le CNRS !

Une nouvelle fois, la droite pioche dans les poches des Français pour satisfaire les plus riches. Les marchés financiers qui s’enrichiront de cette dette se réjouissent. Quant à nous, le pire est à attendre de la conférence sur la dette publique envisagée pour janvier. Après avoir encore creusé le trou, le gouvernement va présenter l’addition aux Français, non pas à ceux que le bouclier fiscal a abrités de l’impôt sur les grosses fortunes ou sur les revenus, mais à ceux qui comptent sur les services publics pour améliorer la vie, ceux qui vivent de salaires modestes et non de rentes, ceux qui envoient leurs enfants à l’école publique plutôt que dans les établissements privés des beaux quartiers.
Une austérité brutale est mitonnée dans les arrière-cuisines de Bercy, qui ne demande plus qu’à être servie. Les intérêts de l’emprunt et des faveurs accordées aux grands groupes de l’industrie et de la finance vont se payer en dizaines de milliers de postes de fonctionnaires supprimés, en salaires rabougris, en aides sociales comprimées. L’Élysée envisage aussi de brader les bijoux de famille, comme la filière électronucléaire française qu’il veut ouvrir aux capitaux privés On y cite très précisément les noms de l’allemand Siemens (qui vient de se retirer de Framatome peut-être pour exiger une plus grosse part du gâteau) ou le japonais Mitsubishi. C’est sous le signe de la privatisation qu’il veut mettre en place une politique d’énergie commune en Europe. Avec les lourds dangers que l’obsession des dividendes fera peser sur la sécurité. Voilà ce que le ministre Christian Estrosi dépeint comme « une décision ambitieuse et visionnaire ». Elle bégaie l’argument de ce Caillaux, ministre des Finances concoctant l’impôt sur le revenu, qui lançait : « Faites payer les pauvres ! Bien sûr, les riches ont la capacité de supporter des impôts plus lourds, mais les pauvres sont tellement plus nombreux… »

Victor Hugo écrivait : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » Ce dernier prend de l’embonpoint. Jugez-en. Près de 70 milliards d’euros d’aides d’État sont déjà versées aux entreprises, sans réelles contre-parties. L’équivalent de trois emprunts d’État, de trois fois et demie le déficit de la Sécu, neuf fois plus que le déficit des retraites prévu en 2010… Il est utile de rapprocher certains chiffres pour démystifier les campagnes de conditionnement destinées à faire accepter demain la mise en cause de la retraite à 60 ans ou de l’accès à la santé pour tous.

Publié dans cannespcf

Commenter cet article